14/06/2006

........POLOGNE................


Renouveau du mouvement ouvrier

Ces derniers mois, en Pologne, une radicalité ouvrière nouvelle a vu le jour. Le Comité de soutien et de défense des travailleurs réprimés (KPiorp) en constitue l’ossature.


À Kielce, une ville polonaise de 210 000 habitants, le 11 mai dernier, la manifestation de 400 personnes avait envahi le centre-ville. Les manifestants étaient venus de plusieurs villes du pays. Le plus visible était le contingent de mineurs venus de Haute-Silésie, sous les drapeaux du WZZ Sierpien 80 (« syndicat libre août 1980 »). Sur place, sous une banderole « Le capitalisme est à vous, la Prema est à nous », ils ont été rejoints par des groupes de travailleurs de l’usine de pneumatiques industriels Prema.

Il s’agissait de défendre cette usine contre une privatisation imminente. Les travailleurs de la Prema s’étaient prononcés contre, y compris le syndicat affilié à l’OPZZ, lié à la social-démocratie. La base du syndicat Solidarnosc était également contre. Un comité de défense de la Prema agissait sur la ville.

Devant la préfecture, c’est le préfet, très nerveux, qui est sorti pour parler avec les manifestants : « Je vous assure que je ferai tout ce que je peux pour que la Prema reste dans les mains polonaises. » « D’État, d’État, la Prema doit rester la propriété d’État ! », lui répondirent les manifestants en colère.

En partant de Kielce, les manifestants apprirent à la radio que le gouvernement décidait d’annuler la procédure de privatisation en cours... Bien sûr, la victoire n’est pas définitive : il est possible que, dans un an ou deux, le gouvernement engage une nouvelle procédure. Mais, au moins pour un temps, la Prema et ses emplois ont été sauvés.

La manifestation de Kielce avait été convoquée par le Comité de soutien et de défense des travailleurs réprimés (KPiorp). Formé en janvier dernier, et fondé sur des « bureaux d’intervention » fonctionnant déjà dans seize villes, il s’est donné comme tâche première le combat pour la réintégration de trois dirigeants syndicaux d’entreprise licenciés illégalement pour avoir défendu avec fermeté les intérêts des travailleurs. Ils appartiennent à trois centrales différentes.

Krzysztof Labadz, dirigeant du Sierpien 80 dans la mine silésienne Budryk, avait été licencié pour avoir animé une grève tout à fait légale. Dariusz Skrzypczak, dirigeant de Solidarnosc dans l’usine Goplana de Poznan, avait été licencié pour avoir transmis aux médias la baisse des salaires qu’envisageaient les patrons. Slawomir Kaczmarek, dirigeant de l’Initiative ouvrière, petite organisation anarchosyndicaliste, à l’usine Uniontex de Lodz, avait perdu son emploi après avoir protesté contre la privatisation frauduleuse de cette société ouvrière.

Suite à une campagne menée par le KPiorp, Labadz a été réintégré rapidement et le PDG de la mine... révoqué par le gouvernement. Deux jours après une manifestation d’un millier de personnes organisée par le KPiorp à Poznan, le conseil des prud’hommes a ordonné, en première instance, la réintégration de Skrzypczak au travail.

Le KPiorp, très actif sur plusieurs terrains de la lutte de classe, s’est formé essentiellement sur la base d’une convergence de deux composantes. La première, décisive, c’est le syndicat minoritaire, mais très combatif, Sierpien 80, dont le bastion se trouve dans les mines de Haute-Silésie. Ce syndicat, dirigé par Boguslaw Zietek, est en train de construire un parti ouvrier et de gauche, le Parti polonais du travail (PPP). La deuxième composante regroupe plusieurs petits groupes politiques issus de la gauche radicale - trotskystes, anarchistes, libertaires et socialistes.

Le 7 juin, dans une centaine de villes, le KPiorp a lancé une campagne d’information en direction des travailleurs saisonniers polonais en Europe de l’Ouest portant sur leurs droits dans les pays d’accueil. Le 24 juin, il organisera sa première manifestation nationale à Varsovie, « pour une école laïque, les études gratuites et l’État social ». Inspiré de l’exemple français, le comité cherche à amorcer la construction d’une alliance des travailleurs avec la jeunesse étudiante et scolaire. Ce sont les premiers signes, attendus depuis très longtemps, du renouveau du mouvement ouvrier polonais.

 

De Varsovie, Zbigniew Kowalewski

07:49 Écrit par poscharleroi | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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